La Casbah, le chef d’œuvre en péril Quartier historique et emblématique d’Alger, la Casbah est un lieu magique. Son dédale de ruelles, ses maisons entassées, ses minuscules cafés, ses gamins jouant au foot entre deux murs… Autant de souvenirs à fortes émotions. Mais la Casbah va mal. Elle est rongée par l’humidité, la misère, l’indifférence et le temps. On en dit beaucoup sur la Casbah. Qu’elle est dangereuse. Que l’on s’y perd facilement. Que Jean Gain y a tourné Pépé le Moko de Julien Duvivier en 1936. Autant répondre de suite. La Casbah n’est plus le repère de terroristes que l’on décrivait dans les années 90. Il n’empÍche, il reste conseillé d’Ítre accompagné par un guide. Par ailleurs, aucun risque de s’égarer dans ce dédale de ruelles pavées d’un mètre de large. Au moindre doute, il suffit de descendre n’importe quel escalier. Il vous ramène toujours au niveau de la mer. Quant à Jean Gabin, désolé de contrarier la mythologie locale, mais le film a été tourné dans les studios… de Boulogne et Joinville. Aujourd’hui, environ 50 000 personnes vivent sur une superficie de quarante hectares. Les familles s’entassent dans de minuscules appartements insalubres. Et le nombre de maisons s’étant effondrées ces dernières années (sans compter celles détruites par des attentats terroristes), la surface habitable se rétrécit. Officiellement, un plan de sauvegarde est envisagé. Sur le terrain, rien ne bouge vraiment. Rares sont les propriétaires (la Casbah relève à 90 % du privé) qui obtiennent une légère aide financière de l’Etat. Mais personne ne sait vraiment quoi faire. Aucun cahier des charges architectural et urbanistique n’est établi par les autorités. "La seule fois où l’Etat s’est vraiment décidé à intervenir, explique Abdelaziz Tazairt, membre de la Fondation de la Casbah qui regroupe des habitants soucieux de leur quartier, ce fut pour détruire des maisons. Sous couvert de réhabilitation, ils chassaient les islamistes en réalité." Certains soupçonnent l’Etat de laisser pourrir la Casbah, pour finir par la raser au profit de nouvelles habitations plus modernes. "Nous n’en sommes pas là", se rassure Sadi, guide pour touristes dans son quartier natal. Pour lui, le quartier "a une ‚me éternelle". Avec ses visiteurs, il fait toujours étape dans un minuscule bar de la rue Hamidouche, dans la Haute Casbah. Un vrai comptoir de poche, avec trois petites tables en bois qui servent aux parties de cartes. Un néon en guise de soleil. Et au bout d’une échelle en bois, une petite rochelle où l’on peut s’allonger le temps d’une sieste. Une odeur de cendre froide se mÍle à celle du café fort et de l’humidité. Les verres ne sont pas très clean. Mais le thé vert est excellent. Sadi aime cette simplicité, cette authenticité. D’après lui, ce bar ne peut exister que dans la Casbah. |
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