Le bonheur en parcelles

 

Les jardins familiaux, ce n’est pas seulement la nature reprenant ses droits dans la cité. Lieux de rencontre et de cohabitation entre personnes d’horizons divers, ces maigres arpents cultivés sont également un véritable terreau pour l’intégration sociale.

Juste derrière les hautes barres du quartier de Bellefontaine, au Mirail, le parc de Monlong est un havre de paix complètement méconnu du plus grand nombre. Sur une superficie totale de trois hectares, le parc se présente au deux tiers sous la forme d’une paisible forêt, particulièrement touffue et riche d’une flore constituée de 176 espèces différentes. Le tout rafraîchi par plusieurs sources dont certaines alimentaient Tolosa au temps des Romains. Les eaux s’écoulent avec vivacité et les mares abritent même quelques belles espèces de carpes. Sur l’hectare restant, plusieurs associations et plusieurs familles ont travaillé la terre pour créer des jardins familiaux. Actuellement, trente-six parcelles sont “ exploitées ” par des familles. Le projet de la régie de quartier de Bellefontaine, qui s’occupe des lieux depuis peu, vise à développer raisonnablement cette activité. “ Il ne s’agit pas de dénaturer le lieu, explique Jean-Paul Pla, directeur de la régie de quartier. Mais le travail de la terre constitue un excellent outil de lien social. Venir s’occuper d’une parcelle c’est s’inscrire dans une démarche collective. De plus, c’est un lieu magnifique comme il n’en existe presque plus à Toulouse. En venant apprécier ces potagers et ce bois, nous espérons donner envie aux habitants de redécouvrir toutes les parties boisées de leur quartier. ” Et Jean-Paul Pla connaît parfaitement les retombées positives d’un tel projet. Non loin de Bellefontaine, du côté de la Faourette, les jardins familiaux gérés par l’association Partage, connaissent un réel succès. Quarante-huit familles de différentes nationalités, vivant pour certaines dans des conditions de plus ou moins grande précarité, entretiennent un paysage d’un hectare qui tranche avec les voies rapides environnantes mais qui redonne à Toulouse la fraîcheur perdue des jardins potagers. Ici de grosses courges vertes, là-bas des tomates par centaines, un peu plus loin des pastèques, des pois chiches, des tapis de salades vertes, de la menthe, de la coriandre, des haricots, des fleurs par milliers … le tout ponctué de quelques petits cabanons de bois tournés les uns vers les autres pour soigner les relations humaines. “ Certes, ces productions permettent aux gens de faire des économies, explique Bernard Baubil, responsable de l’association Partage. Mais ce dispositif aide à consolider les liens sociaux. Chacun est responsable de sa parcelle mais le tout repose sur une gestion collective. Ces jardins permettent aussi d’aborder bon nombre de problèmes que l’on rencontre dans le quartier et dans les familles. Le travail de la terre est vraiment salutaire. ”

     
   
Texte : Claude Faber
Photographies : Ulrich Lebeuf / Odessa
Le Point - novembre 2003
Spécial Toulouse insolite